Dissertation Sur Lhumanisme Pdf Free

Introduction

[Amorce] La question de l’éducation de l’homme dans toutes ses dimensions est au centre de la réflexion des humanistes et témoigne de leur soif de connaissance : « En somme, que je voie en toi un abîme de science », écrit Gargantua à son fils Pantagruel. Pour assurer cette formation, toutes sources sont bonnes : la redécouverte des textes de l’Antiquité, mais aussi les innovations et expériences scientifiques ainsi que la découverte de terres lointaines, de civilisations et de cultures inconnues jusqu’alors, explorées lors de nombreux voyages, occasion de se « frotter et limer [la] cervelle contre celle d’autrui », selon l’image pittoresque de Montaigne. [Problématique] Quelle est l’importance pour l’humanisme renaissant de cette ouverture à autrui dans la formation de l’individu ? [Annonce du plan] La rencontre de l’autre permet aux humanistes de mieux se connaître soi-même [I], mais aussi de s’interroger sur soi et sur sa culture et ainsi de se remettre en question [II]. Elle suscite aussi, d’une façon plus générale, une réflexion presque philosophique sur la nature et la condition de l’homme [III].

I. « Frotter notre cervelle contre celle d’autrui » 
pour se former et s’enrichir

Les moyens pour « frotter sa cervelle contre celle d’autrui » se multiplient à la Renaissance et permettent à l’individu de se former et de s’enrichir par des connaissances nouvelles.

1. Voyages lointains pour découvrir de nouvelles cultures

  • Les progrès techniques de la navigation et de la construction navale (boussole, astrolabe) permettent aux navigateurs espagnols et portugais d’affronter les grandes traversées vers des territoires inconnus. La Renaissance est une époque de voyages lointains qui permettent de découvrir des mondes très différents, d’autres civilisations et coutumes jusqu’alors inconnues (exemples : peuples amérindiens, comme les Tupinambas, premier texte de Jean de Léry ; Le Nouveau Monde découvert par Cristobal Colon, de Lope de Vega).
  • Ces nouveaux mondes suscitent l’étonnement et la curiosité (exemples : deuxième texte de Jean de Léry : « merveilleusement étonnés ». « Le voyager me semble un exercice profitable. L’âme y a une continuelle exercitation à remarquer les choses inconnues et nouvelles », Montaigne).
  • Ils amènent les voyageurs à rendre compte de ces us et coutumes différents, à les décrire avec précision, en ethnologues, pour informer les Européens (exemple : premier texte de Jean de Léry) [+ exemples personnels].

2. Échanges d’idées en Europe pour compléter 
sa formation humaniste

  • L’humanisme de la Renaissance s’ouvre aussi à l’autre par les échanges et la circulation à travers l’Europe des idées, des conceptions et des cultures, qui marque la naissance d’une conscience européenne : « Le monde entier est notre patrie à tous » (Érasme, Hollandais/Thomas More, Anglais)…
  • Parcourir l’Europe fait partie de la formation du jeune humaniste pour échanger, dialoguer. Exemples : Journal du voyage de M. de Montaigne en Italie par la Suisse et l’Allemagne en 1580 et « De la vanité » dans les Essais.

3. Dialoguer à travers le temps : redécouverte de l’Antiquité

  • L’imprimerie, mise au point par l’Allemand Gutenberg vers 1450, met les textes anciens et la Bible – le savoir et la foi – à la portée d’un public élargi.
  • On lit, on réapprend à connaître, on réinterprète les auteurs de l’Antiquité, avec lesquels on dialogue à travers le temps : « C’est aux sources mêmes qu’il faut puiser la doctrine » (Érasme).
  • La perspective historique permet la confrontation de soi (de l’époque moderne) avec l’autre (les racines de la culture) du point de vue politique (exemple : La République de Platon), scientifique (exemple : Épicure), artistique, philosophique (voir les multiples citations en latin dans les Essais, sorte d’intrusion de « l’autre », du modèle ancien [intégré dans la pensée humaniste] qui infléchit, nuance, soutient les idées de l’auteur).
  • On imite les Anciens mais on a aussi le souci de les dépasser : l’autre devient un point de repère et un modèle à surpasser. On se forme en se démarquant de l’autre.

II. « Limer […] notre cervelle contre celle d’autrui » 
pour se remettre en question

La rencontre avec l’autre permet à l’homme européen d’apprendre mais aussi de s’interroger sur soi.

1. L’ethnocentrisme en question

  • La comparaison avec l’autre – notamment avec les civilisations lointaines, les « sauvages » – amène à la remise en cause de l’ethnocentrisme et des valeurs et certitudes européennes.
  • L’autre s’étonne naïvement des mœurs européennes dites « civilisées » et en souligne par là les abus, les incohérences : il sert de révélateur des erreurs des Européens. Exemples : le « vieillard » dans le premier texte de Léry ; « Les coches » de Montaigne [+ exemples personnels].
  • Inversement, l’autre suscite l’étonnement par ses qualités humaines, culturelles et morales et force à la confrontation avec soi-même. Exemple : chez Montaigne, « hardiesse et courage… » des Indiens du Mexique qui rivalisent avec les « exemples anciens »/critique de la cruauté des conquérants.

2. Apprendre le relativisme et modifier son rapport à l’autre

Les notions ancrées dans la culture et la pensée européennes se modifient par la confrontation avec l’autre : ainsi naît chez les humanistes la conscience de la relativité des cultures, des « vérités » (relativisme).

  • Les notions de « sauvage », de « barbare », mais aussi de « civilisé » sont reconsidérées, remises en question. Exemple : Montaigne : « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ».
  • Cela amène à la reconnaissance des qualités de l’autre. Exemple : premier texte de Léry (mise en relief de la sagesse, de la tempérance, de l’éloquence de l’Indien Tupinamba) ; texte de Montaigne (admiration devant la « beauté [des] ouvrages » des Indiens du Mexique).
  • Cela entraîne une attitude morale différente : respect de l’autre – dans ses coutumes, ses croyances et ses valeurs –, esprit de tolérance et de diversité. Exemple : Montaigne (Essais, « De la vanité ») qui refuse tout préjugé et tout conformisme intellectuel.

3. Prendre l’autre comme modèle et douter…

  • « Autrui » est considéré comme un modèle, un idéal à imiter. Exemples : premier texte de Léry : le « vieillard » incarne la sagesse, la tempérance ; second texte de Léry : hospitalité, ouverture à l’autre des Tupinambas ; texte de Montaigne : habileté, sens artistique des Indiens [+ exemples personnels].
  • La façon de penser l’autre mais aussi les thématiques littéraires en seront bouleversées : c’est la naissance du mythe littéraire du bon sauvage, qui influencera les mentalités et nourrira la réflexion philosophique du xviiie siècle.
  • « Frotter sa cervelle à celle d’autrui » amène à l’apprentissage du doute sur soi. L’humaniste en arrive à se poser les questions essentielles : « Notre culture est-elle légitime, puisque le développement de ces populations a abouti à d’autres coutumes et valeurs que les nôtres ? » ou : « Quelle est la valeur de notre religion, puisqu’elle n’est pas répandue sur ces terres qui pourtant connaissent le bonheur et se comportent de façon morale ? »

III. L’ouverture à autrui pour réfléchir 
sur la condition de l’homme

La fréquentation d’autrui place le débat au-delà des problèmes d’individu, de société et de culture, pour poser la question plus générale de la condition humaine, chère aux humanistes.

1. L’ouverture à l’autre, composante de l’homme nouveau

  • L’ouverture à l’autre fait partie des valeurs essentielles de l’idéal humaniste. Elle amène à une nouvelle définition de l’homme, celle qu’explicite Montaigne : « Un honnête homme, c’est un homme mêlé », c’est-à-dire qui fait preuve de sens critique, de tolérance, de largeur d’esprit.
  • Ainsi, pour l’humaniste, il n’existe pas de type idéal et exclusif de l’humanité. Nul homme ne peut être exclu de l’humanité parce qu’il ne correspondrait pas à un physique déterminé, à un modèle culturel précis, à des normes sociales.

2. S’intéresser à l’homme sous toutes ses formes

  • Se pencher sur le corps de l’homme : l’humaniste ne réfléchit pas sur l’autre uniquement en tant qu’être pensant, mais aussi en tant qu’être physique. La médecine, la chirurgie révèlent un intérêt pour le corps. Exemples : Rabelais, médecin, publie Le Petit Art médical de Galien ; le narrateur de Pantagruel, Maître Alcofribas Nasier, entre dans le corps de Pantagruel et y découvre de « nouveaux mondes ». Cette curiosité amène à retraduire les traités de médecine des Anciens (d’Hippocrate, par exemple).
  • Cette curiosité se marque aussi dans les arts : l’homme devient le centre de la peinture. Exemples : l’homme de Vitruve, de Léonard de Vinci ; le motif du nu manifeste aussi la place primordiale de l’exploration du corps humain.
  • S’intéresser aux conceptions d’autrui du bonheur amène l’humaniste à réfléchir sur les principes éducatifs propres à créer un homme nouveau. Exemple : les textes de Rabelais et de Montaigne sur l’éducation (lettre de Gargantua à Pantagruel ; éducation humaniste contre éducation médiévale des « sorbonagres » de Gargantua ; « une tête bien faite » selon Montaigne).

3. Se connaître soi, connaître l’autre, c’est connaître 
« la forme entière de l’humaine condition »

  • La réflexion humaniste effectue un constant va-et-vient formateur : s’étudier soi-même, c’est étudier l’autre ; inversement, étudier l’autre, c’est apprendre à se connaître soi-même.
  • Mais l’intérêt de se « frotter » à autrui ne se borne pas à ce profit très individuel. Il fait partie d’un cheminement de pensée plus complexe, caractéristique de l’humanisme renaissant, d’une portée philosophique : il faut se « frotter » à « la cervelle d’autrui » pour se connaître soi-même, mais surtout, au-delà, pour connaître « l’humaine condition » que chacun porte en soi (Montaigne).
  • De l’étude d’un homme – soi-même ou l’autre – naît la connaissance de la nature humaine. L’expérience de l’autre a une portée existentielle et manifeste l’existence d’une nature humaine immuable et permanente.

Conclusion

[Synthèse] L’engouement pour l’autre est sans doute l’un des traits qui justifient le mieux le nom de « Renaissance » donnée à cette période : si l’autre – celui qui est différent – naît au xvie siècle, c’est parce que c’est à cette époque qu’il est découvert et reconnu comme un être à part entière, et c’est aussi au xvie siècle que, par la re-connaissance même de l’autre, l’homme « renaît » pour devenir un homme nouveau : l’humaniste. Par l’autre il s’enrichit, apprend à se connaître, à se remettre en question pour se transformer ; par l’autre aussi, il explore la nature humaine. [Ouverture] La dynamique de cette ouverture à l’autre trouvera son écho et son retentissement au siècle des Lumières, qui doit beaucoup à l’humanisme renaissant.

Humanisme et renaissance

Introduction

Après les crises de la fin du Moyen Âge (Guerre de Cent Ans, épidémies, famines), les XV-ème et XVI-ème siècles voient un nouvel épanouissement de l'Europe. Une nouvelle façon de penser anime la vie intellectuelle et religieuse de l'Occident, une nouvelle vision du monde apparaît. Ceci se manifeste par une curiosité intellectuelle due à la redécouverte de l'Antiquité. L'homme redevient le centre des préoccupations comme chez les Anciens. L'humanisme prépare ainsi la Réforme protestante qui divisera la chrétienté et la Renaissance qui transposera dans l'art la pensée des humanistes.

1 Le Xvème siècle : la sortie du Moyen-Age

1.1 les mutations et les nouveaux équilibres européens

À l'Est de l'Europe, les Turcs Ottomans pénètrent en Europe après avoir détruit l'Empire byzantin et s'être emparés de Constantinople le 29 mai 1453. Ils menacent désormais la chrétienté romaine. En Russie, Ivan III le Grand fonde un Etat fort, prend le titre de tsar et revendique l'héritage de Byzance en faisant de Moscou la troisième Rome.

Au centre de l'Europe, le Saint Empire Romain Germanique est une constellation de 350 Etats et l'empereur n'a aucun pouvoir réel. La Pologne se réveille et menace l'Empire. L'Italie est divisée en une dizaine d'Etats.

À l'Ouest, les monarchies s'affirment. Après la Guerre de Cent Ans, le roi Louis XI met en place une administration, des impôts permanents et une armée régulière. Après avoir vaincu Charles le Téméraire, il s'empare d'une partie de ses possessions bourguignonnes. En Angleterre, Henri VII restaure l'autorité royale après la Guerre civile des Deux-Roses et impose sa domination sur l'Irlande. En Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon créent le royaume d'Espagne et achèvent la Reconquista

Une nouvelle période de croissance économique commence. Les productions agricoles dégagent à nouveau des excédents. L'élevage et l'agriculture diversifient leurs productions (lin et mouton en sont des exemples). L'artisanat textile se développe tandis que les mines et la métallurgie fournissent de nouveaux outils et armes grâce aux hauts fourneaux. Le commerce connaît un grand essor. De puissantes familles fondent des compagnies financières et s'enrichissent. Les cités italiennes dominent la Méditerranée tandis que les villes hanséatiques dominent la Mer du Nord. Le Rhin devient un axe de communication vital. Une bourgeoisie nouvelle apparaît dont l'enrichissement permet d'accéder au confort et au pouvoir.

1.2 Les origines de l'humanisme

L'Italie, riche et imprégnée des cultures grecque et latine, est le lieu privilégié du renouveau intellectuel humaniste. Les érudits (savants) recherchent des manuscrits et redécouvrent des textes oubliés (ceux de Platon par exemple). La fuite des Grecs de Constantinople en 1453 favorise l'essor de l'hellénisme. Valla pose les fondements de la philologie (science qui étudie les textes de façon critique) et garantit la qualité des traductions. Les mécènes (personnes riches qui aident financièrement les artistes) comme Laurent de Médicis à Florence protègent les savants humanistes. Vers 1450, le Pape fonde la Bibliothèque vaticane qui réunit ouvrages manuscrits et imprimés.

L'épanouissement artistique de l'Europe du Nord est remarquable. Dans leurs œuvres, les artistes traduisent la peur de la mort caractéristique de la fin du Moyen Âge marquée par nombre de catastrophes (guerres, épidémies, famines, refroidissement du climat…) ; cependant, ils le font de manière de moins en moins pathétique. Les princes et les bourgeois, mécènes, font reconstruire les églises et embellissent les vitaux. L'art gothique devient flamboyant illustrant l'espoir nouveau. Les tapisseries apparaissent dans les monuments. Les peintres flamands mettent au point la peinture à l'huile et leurs œuvres se répandent dans toute l'Europe (Jan Van Eyck, Bruegel le Vieux, Bosch…). L'Allemand Durer est un maître de la gravure.

Les humanistes ont une réflexion centrée sur l'homme à qui ils font confiance. Ils exaltent sa grandeur et sa liberté : l'homme est capable d'agir par lui-même. Il est placé au centre de la Création. Les humanistes veulent concilier la liberté humaine avec les principes du christianisme de même qu'ils veulent concilier les principes philosophiques antiques (Platon) avec ceux de l'Eglise, ce qui ne va pas sans quelques difficultés.

En France, le mouvement humaniste connaît son apogée sous François I-er. Le roi consulte les théologiens et les hellénistes. Il fonde, sur conseil de l'humaniste Guillaume Budé, le futur Collège de France pour l'enseignement. François I-er est ainsi surnommé le " Père des Lettres ".

Au XVI-ème siècle, l'humanisme français s'inspire de poètes comme Ronsard, féru de poésie grecque et latine. Cependant l'humanisme sait être français puisque après l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) qui impose le français dans les actes officiels, Joachim du Bellay écrit une Défense de la langue française. Avec d'autres écrivains, il fonde le groupe de la Pléiade dont l'ambition est de réhabiliter la langue française. Plus tard, Montaigne (1533-1592) rédige des Essais et prône la tolérance. Tout comme Rabelais, il s'intéresse à la pédagogie.

1.3 Quelques humanistes

  • Erasme : né aux Pays-Bas en 1469, il reçoit une formation scolaire fondée sur l'explication de textes sacrés et classiques. Ordonné prêtre, il voyage en France, en Angleterre où il fréquente les milieux humanistes. Il part pour l'Italie où il approfondit sa connaissance du grec. Ses voyages symbolisent le caractère européen de l'humanisme et contribuent à développer le réseau de relations de la république des Lettres. Sa renommée est considérable. Surnommé " Docteur universel ", il est respecté des papes et des souverains et il est le maître à penser et le modèle des humanistes jusqu'à sa mort en 1536.
  • Rabelais : écrivain français (1494-1553). Moine, médecin, il est l'une des figures de l'humanisme français. Il est l'auteur d'épopées truculentes où se mêlent culture savante et traditions populaires : Pantagruel, Gargantua

1.4 L'imprimerie diffuse l'humanisme

En 1450, une découverte capitale est faite par Gutenberg : celle de l'imprimerie par l'emploi de caractères typographiques en métal, mobiles et réutilisables. Désormais un livre peut être imprimé à des centaines d'exemplaires. L'imprimerie provoque une révolution culturelle ; son développement est foudroyant à travers l'Europe. Les écrivains voient leur influence grandir et l'humanisme se répand en Espagne et en Angleterre. Le public s'élargit grâce au moindre coût des livres. Les universités prennent une importance grandissante ; on y dispense le savoir qui n'est plus réservé aux gens d'Eglise. Le livre imprimé, accessible à tous, devient un facteur de diversité car des auteurs peuvent désormais avoir une influence dès leur vivant, ce qui inquiète les autorités.

1.5 Les débuts de la Renaissance en Italie

La Renaissance naît en Italie du Nord, sans doute à Florence, ville riche où les Médicis financent des travaux commandés aux artistes : palais, chapelles, fresques, sculptures… Dans chaque ville, les princes embellissent leurs demeures. Des travaux d'utilité publique (techniques hydrauliques) sont réalisés.

L'architecture s'inspire de l'Antiquité. Les symétries, les rapports proportionnels, la précision mathématique sont de mise. Brunelleschi et Alberti sont les fondateurs de ce courant. Ils introduisent la cour intérieure dans les palais en imitant l'atrium romain. La sculpture devient très réaliste. La peinture utilise de nouvelles techniques de perspective, de modelé et de lumière (Masaccio, Piero della Francesca, Botticelli).

2 Le XVIème siècle et les réformes

2.1 Les origines de la Réforme dans l'humanisme

À la fin du Moyen Âge, la crainte de la mort témoigne d'une inquiétude religieuse. Les Chrétiens redoutent l'enfer et, pour l'éviter, accumulent des dévotions (prières) et achètent des indulgences (grâce accordée par l'Eglise aux pêcheurs afin d'abréger les souffrances dans l'au-delà). Les humanistes dénoncent ces superstitions d'un peuple ignorant. Ils préconisent le retour au vrai message du Christ par une foi solide et sincère. Ils veulent simplifier le culte et le rendre accessible à tous en expliquant, en français, les textes des Evangiles.

Cependant, les humanistes n'ont pas voulu quitter l'Eglise et n'ont pu toucher la masse des Chrétiens analphabètes. Ils ont pourtant contribué par leurs critiques au déclenchement de la réforme protestante.

2.2 La Réforme protestante

Dans la première moitié du XVI-ème siècle, les critiques à l'égard de l'Eglise romaine se précisent. Une rupture intervient lorsque Martin Luther, qui avait critiqué la vente des indulgences en 1517 en vient à contester le dogme et la hiérarchie de l'Eglise. En 1520, il est excommunié. Malgré cette condamnation, ses idées se répandent grâce à l'imprimerie. Des princes allemands le soutiennent. Le schisme devient irréversible. Le premier protestantisme est né. Pour Luther, l'Homme est obligatoirement pêcheur et ne peut se sauver mais Dieu peut accorder sa grâce en lui donnant la foi. : c'est la justification par la foi. Le luthéranisme s'impose surtout en Allemagne du Nord et en Scandinavie.

Le Français Jean Calvin publie en 1536, l'Institution de la Religion chrétienne. Pour lui, l'Homme est prédestiné par Dieu au paradis ou à l'enfer. Le calvinisme s'impose surtout dans les régions où la bourgeoisie est influente : Suisse, Vallée du Rhin, Pays-Bas, Ecosse.

En Angleterre, par les Actes de Suprématie de 1534 et de 1559, les souverains Henri VIII puis Elizabeth I-ère se font reconnaître chef suprême de l'Eglise d'Angleterre et créent l'anglicanisme, religion proche du protestantisme par la doctrine et proche du catholicisme par la pompe des cérémonies.

Les Protestants, qui sont des Chrétiens, ne reconnaissent pas l'autorité du Pape. Leurs églises sont indépendantes et sont administrées par des assemblées appelées synodes. Le protestantisme considère que l'homme est incapable de mériter lui-même le Paradis contrairement au catholicisme qui insiste sur le libre-arbitre. Ils refusent le culte de la Vierge et des Saints. Les offices se font en langue nationale.

Les acteurs de la Réforme :

  • Martin Luther : 1483-1546 réformateur religieux allemand, fondateur du protestantisme et l'un des premiers grands écrivains de langue allemande. En 1517, il afficha sur les portes du château de Wittenberg ses 95 thèses où il dénonçait en particulier la vente des indulgences. Il traduisit la Bible en allemand et fonda l'Eglise luthérienne.
  • Jean Calvin : 1509-1564 réformateur français installé à Genève où il exerça une véritable dictature intolérante. Sa doctrine professe le retour à l'autorité de la Bible, la simplicité du culte et la croyance en la prédestination.
  • Henri VIII d'Angleterre : 1491-1547. Souhaitant faire annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, il provoqua le schisme avec la papauté et devint chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. Il se maria six fois et s'empara des biens de l'Eglise.

2.3 La Contre-Réforme ou réforme catholique

L'Eglise romaine, un moment dépassée par le protestantisme, organise une reconquête politique et militaire des régions devenues protestantes. Elle réagit aussi et surtout en se réformant elle-même. Le concile de Trente (1545-1563) condamne les thèses protestantes, redéfinit nettement la doctrine de l'Eglise et lance la Contre-Réforme. Il réaffirme la nécessité des bonnes œuvres, la pratique de la charité, les cultes et les sacrements. Un catéchisme est publié pour l'instruction des fidèles.

La Contre-Réforme s'appuie sur la Compagnie de Jésus (les jésuites) fondée en 1534 par Ignace de Loyola. L'Eglise de Rome, en n'ayant rien cédé sur les dogmes, reconquiert ainsi une partie des régions perdues notamment en France et en Allemagne du Sud.

Les humanistes ont ainsi échoué à imposer leur pacifisme puisque l'Europe est déchirée par des guerres de religion. Ces guerres vont notamment affaiblir la France pendant de nombreuses années. La découverte du Nouveau Monde ne s'est pas accompagnée de l'application des théories humanistes (traitement des Indiens et des esclaves). L'humanisme a tout de même inspiré la rénovation de l'Eglise et, face à l'austérité des protestants, le catholicisme fait une large place à l'Homme qui garde en lui la trace de la perfection divine.

3 Le XVIème siècle et la Renaissance

3.1 La seconde Renaissance italienne

Dans la première moitié du XVII-ème siècle, l'art de la Renaissance s'impose. Il s'inspire de l'Antiquité qui offre un répertoire nouveau de thèmes mythologiques et allégoriques. Rome remplace Florence car les bouleversements politiques ont entraîné le déclin de cette cité. Les papes embellissent leur ville en faisant construire et décorer des palais et des églises par de nombreux artistes. Après le sac de Rome par les troupes de Charles Quint, Venise s'impose. Les artistes recherchent le Beau.

Citons quelques noms :

  • À Florence, pour l'architecture, Brunelleschi (Sainte Marie aux Fleurs). En peinture, Botticelli (Le Printemps, La Naissance de Vénus), Léonard de Vinci (La Joconde, La Vierge, l'enfant Jésus et sainte Anne). Pour la sculpture, Ghiberti (Portes du Paradis), Cellini (Persée).
  • À Rome, pour l'architecture, Bramante (Tempietto de San Pietro). En peinture, Raphaël (L'Ecole d'Athènes, La Belle Jardinière), Michel-Ange s'illustre aussi bien comme architecte (Dôme de Saint Pierre), sculpteur (David) ou peintre (Jugement Dernier).
  • À Venise, surtout des peintres : Titien (Vénus du Pardo), Tintoret (Suzanne au bain), Véronèse (Les Noces de Cana).

Les prémices de l'art baroque apparaissent après le Concile de Trente. Le baroque cherche à frapper l'esprit par l'abondance et la complexité du décor, les courbes et l'aspect théâtral. À la fin du siècle, le Caravage introduit dans la peinture le réalisme brutal. Il recourt aux contrastes violents accentués par des jeux d'ombre et de lumière. Malgré ce dernier, l'art baroque triomphe au siècle suivant avec la Contre-Réforme.

3.2 La propagation de la Renaissance en Europe

À partir de 1494, les rois de France rapportent la Renaissance de leurs Guerres d'Italie. François I-er attire Léonard de Vinci. L'art concourt à magnifier le souverain. Ainsi les châteaux de la Loire, d'aspect médiéval subissent fortement l'influence italienne par la régularité des lignes (horizontales surtout), la symétrie et l'importance des ouvertures et de la décoration. Entourés de jardins, ils deviennent des demeures d'agrément richement décorées pour un roi et sa cour en déplacement continuel. Après 1540, le style français se libère du modèle italien. L'agrandissement du Louvre en est un exemple avec la façade en pilastres et frontons de Lescot.

En Europe du Nord, l'influence italienne s'estompe. Le gothique flamboyant est utilisé dans la construction des cathédrales et des palais. Bruegel l'Ancien perpétue la tradition flamande par l'utilisation de symboles et d'allégories dans ses paysages réalistes.

L'Espagne catholique de Philippe II est aussi touchée comme en témoigne le palais de l'Escurial (1584). Le Greco, formé à Venise, domine la peinture espagnole avec son mysticisme originaire de Tolède.

3.3 Les savoirs, la science

La naissance de l'esprit scientifique permet l'apparition des expérimentations. Des découvertes font progresser les mathématiques, l'anatomie humaine, l'astronomie et la cartographie. Vésale pratique des dissections du corps humain (jusqu'alors interdites par l'Eglise). Ambroise Paré invente la ligature des artères. Copernic introduit l'héliocentrisme et Mercator révolutionne la géographie. Cependant le conservatisme religieux, les superstitions et le charlatanisme freinent le développement de la connaissance (exemple : des alchimistes cherchent l'élixir de longue vie ou la pierre philosophale).

Enfin, les navigateurs et conquistadors élargissent le monde connu et découvrent d'autres civilisations (Aztèques, Incas) durant les Grandes Découvertes.

Les Grandes Découvertes :
  • 1488 : Bartolomé Diaz, Portugais, contourne les caps de Bonne Espérance et des Aiguilles.
  • 1492 : Christophe Colomb, Génois au service de l'Espagne, atteint le continent américain à San Salvador aux Bahamas le 12 octobre. Il croit être aux Indes. Il fera quatre voyages vers le Nouveau Monde.
  • 1497 : John Cabot, Anglais, aborde l'Amérique du Nord.
  • 1498 : Vasco de Gama, Portugais, atteint Calicut aux Indes par voie maritime.
  • 1500 : Pedro Alvarez Cabral, Portugais, découvre le Brésil.
  • 1519-1522 : Fernand Magellan, Espagnol, découvre le détroit qui porte son nom, entre dans le Pacifique mais meurt aux Philippines. Son successeur, Juan Sebastian Del Cano accomplit le premier tour du monde prouvant que la Terre est ronde.
  • 1534-1536 : Jacques Cartier, Français, aborde le Canada et remonte le Saint Laurent.
  • 1577-1580 : Francis Drake, Anglais, accomplit le second tour du monde et découvre la Californie.
Les grands rois de la Renaissance :
  • Charles Quint : 1500-1558, roi d'Espagne, prince des Pays-Bas, roi de Sicile et empereur germanique (1519-1556). Il reçut d'immenses héritages. Il désira s'imposer à l'Europe en monarque universel. Il voulut rétablir l'unité religieuse mais se heurta à l'Allemagne protestante. Il dut lutter contre les Turcs qui menaçaient l'Autriche. Il fit la guerre à la France et aux princes allemands. Mais l'impossibilité de rétablir l'unité religieuse consacra la division de l'Allemagne. Charles Quint abdiqua ses couronnes et se retira au couvent de Saint-Just.
  • François I-er : 1494-1547, roi de France de 1515 à sa mort. Reprenant la politique italienne de ses prédécesseurs, il occupa Milan après la victoire de Marignan en 1515. Il signa la Paix perpétuelle avec les Suisses et le Concordat de Bologne avec le Pape. Après 1521, il affronta son rival, Charles Quint. D'abord mal engagée (défaite de Pavie en 1525), la lutte tourna à son avantage grâce aux alliances des princes protestants d'Allemagne et du sultan ottoman Soliman le Magnifique. Son règne fit progresser l'absolutisme royal et assura le développement de l'économie. Par l'Ordonnance de Villers-Cotterêts, il imposa la langue française au royaume. Il fut un grand mécène pour les arts et les lettres et fit construire de nombreux châteaux (Chambord, Fontainebleau, Louvre).

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